Villa Lenoir

Lorsque j’ai visité la Villa Lenoir pour la première fois avec Delphine De Dea, le temps s’est un peu arrêté. Ces craquements de plancher, ces grincements de volets, cet écho de pièce vide, et ces bruits d’oiseaux qu’on vient déranger. Les sons ! Ce furent mes premières sensations.
J’ai cru à une certaine lourdeur dans l’atmosphère, comme si de vieux et pesants souvenirs voulaient nous envelopper. Mais tout cela fut vite dissipé. Le calme et la sérénité des lieux l’emportèrent trés rapidement. Cette « vieille dame » qui avait besoin d’être soignée, qui avait l’air heureuse qu’on lui ouvre à nouveau les portes.
Photographiquement, j’ai donc centré mon regard sur la bâtisse, malgré l’armée de fourmis ouvrières qui l’ont entouré pendant plusieurs semaines. J’ai mis en avant ses rides et ses articulations, son dépoussiérage et son rajeunissement. Pendant plusieurs semaines, je suis passé sur le chantier, et j’ai vu les effets inverses du temps qui passe, comme une magie nécessaire. Tout comme la photographie est essentielle pour la mémoire de notre société, je me suis rendu compte à quel point la préservation de notre architecture était nécessaire pour notre héritage et notre culture.
Romain PHILIPPON, photographe

Cette « Case Créole » de la rue Juliette Dodu a été construite entre 1852 et 1857 par Charles Lenoir, propriétaire d’une sucrerie et maire de Sainte-Rose. Charles Lenoir est décédé peu de temps après la construction. Ainsi, de mariage en héritage, la Villa est passée dans de nombreuses mains. Elle est toutefois restée 48 ans, jusqu’en 1909, dans la famille Adam de Villiers, importante famille de La Réunion. En 1919, elle est acquise par l’Administration pour y loger différents hauts fonctionnaires.
En 2013, à l’initiative de l’Etat, la Maison redevient une propriété privée, elle est acquise par M. Farouk Mangrolia. C’est dans ce contexte qu’ALSEI Océan Indien, professionnel de l’immobilier d’entreprise, engage cette importante restauration. La Villa Lenoir accueillera à l’achèvement des travaux, les services de l’Agorah, observatoire, centre d’expertises et d’analyses de l’aménagement de La Réunion.

En façade principale, sur la rue Juliette Dodu, le terrain est clôturé par un mur bahut surmonté d’un « barreau » de style Second Empire. Le soubassement en maçonnerie est décoré de losanges en bas-relief, motif ornemental très apprécié dans le décor des maisons créoles. Dès 1857, le « guétali » d’angle est signalé sur la rue par sa toiture de fer forgé et tôle plane. Dans le jardin créole, deux bassins surmontés de grilles en fonte de fer attestant de l’organisation ancienne.
L’imposante façade Est de la maison domine la rue Juliette Dodu. Elle concentre l’essentiel du décor architectural avec piliers, pilastres, entablements, bandeau d’attaque se référant aux canons néoclassiques.
Suivant le modèle de la « maison Déramond », il s’agit d’une façade à débord important, masquant un corps de logis à étage plus petit, coiffée d’une haute toiture à quatre pans. Autour du rez-de-chaussée, trois varangues protègent des rayons du soleil les pièces principales, espaces de repos plus intimes que la varangue de la façade. Au cours de la première moitié du XXe siècle, ces varangues latérales sont fermées par des menuiseries.
Cette grande maison de ville, illustre parfaitement l’appropriation des thèmes néoclassiques et l’adaptation aux conditions climatiques des cases créoles au cours du XIXe siècle.
La varangue antérieure, espace de transition est un espace social de réception, prolongement extérieur du salon.
Le 30 mai 1984, la Villa Lenoir, sous le nom de « Maison du premier président », est classée monument historique y compris les façades et les toitures, la grille de clôture sur rue, son mur bahut dit « barreau » et le « guétali ». Les pièces avec décor, les façades et toitures des dépendances sont, elles, inscrites à l’inventaire supplémentaires des monuments historiques.ALSEI-OI, maître d'oeuvre de la rénovation

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